COUPLETS, REFRAINS

Ô joli château !
Que ta vie est claire
                   Rimbaud



C'est le chien de Jean de Nivelle
Qui mord sous l'oeil même du guet
Le chat de la mère Michel ;
François-les-bas-bleus s'en égaie
        Verlaine




Rue de l'Homme armé— sans arme—
Rue du Roi Doré
Un arbre pleure ses larmes
Chuchote de tous ses charmes
au fin fond de la forêt.
Le soir fument les guérets.
        Maurice Fombeure



Si l'eau des rivières
Contente les pierres
        Nos soeurs,
Quel fleuve d'histoire
Peut donner à boire
        Au coeur ?
        Norge



Viens, les Vins vont aux plages,
et les flots par millions !
Ô joli château !
Que ta vie est claire !
        Rimbaud



C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pain brûlant
        Victor Hugo



Sus donc ! dans la jolie nuitée,
Venez sans autre mandement !
        Noël ! Noël à Bethléem !
Les anges quérissent les bergers,
L'étoile frétille à l'Orient,
        Ah ! qu'on aime, qu'on aime !
        Rina Lasnier



Le forgeron est au fourneau ;
Ois comme le charbon s'allume !
Le soleil vient nous éblouir
Vois qu'il passe à travers la porte !
        Th. De Viau



La poule noire de la nuit
vient encore de pondre une aurore.
Salut le blanc, salut le jaune,
Salut germe qu'on ne voit pas.
        Emily Dickinson



ouananiche ouananiche
tu rafistoles nos vieilles chimères
en faisant sourire même les pierres
        Gilbert Langevin



Et votre âme ?
— Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.
        Jean Tardieu


Mais pleure pleure et repleurons
Et soit que la lune soit pleine
Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant
Ah ! Pleure pleure et repleurons
Nous avons tant ri au soleil
        Apollinaire



Si vous passez par la cour neuve
arrêtez-vous au Chat Qui-Dort
on y vend du sirop de pieuvre
de la thériaque et du drap d'or
        Raymond Queneau



Quand j'arrive avec mon caniche,
Chelles, bourg dévot et coquet,
Croit voir passer, fuyant leur niche,
Saint Roch, et son chien saint Roquet.
     Victor Hugo



Je l'ai tout à fait désapprise
La berceuse au rythme flottant,
Qu'effeuille par les soirs de brise,
La branche d'alisier chantant.
        Nérée Beauchemin



Les clés sont tombées de la tour,
Il faut attendre, il faut t'attendre,
Il faut attendre d'autres jours
        Maurice Maeterlinck



J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t-en
Nous ne nous reverrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
        Apollinaire



L'échelonnement des haies
Mouronne à l'infini, mer
Claire dans le brouillard clair
Qui sent bon les jeunes baies.
        Verlaine



Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil
Il est tombé de la branche
Le gentil écureuil
        Ch. Trenet



Si j'ai du goût, ce n'est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d'air,
De roc, de charbon, de fer.
        Norge



Ils grouillent dans les cimetières
On dirait les morts déroutés
N'ayant tiré dessous la pierre
Que des membres mal reboutés
        Tristan Corbière



Dans la lumière éclatante d'automne
        Nous partîmes le matin.
La magnificence de l'automne
        Tonne dans le ciel lointain.
        Claudel



Reine des cours d'amour ô princesse incertaine
C'est à toi que rêvaient les mourants au désert
Beaux fils désespérés qui pour toi se croisèrent
Eléonore Eléonore d'Aquitaine
        Aragon



Dans un album
Mourait fossile
Un géranium
Cueilli aux Îles
       Jules Laforgue



Gravez votre nom dans un arbre
Qui poussera jusqu'au nadir.
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms grandir.
        Jean Cocteau



C'est Monsieur Ying qui vend du thé,
Dans sa boutique au bout du quai,
Assis en robe couleur prune
À son comptoir en bois de lune
        Max Elskamp



Manger du bleu boire du gris
Pour les couleurs de l'âme pâle
Couler des jours couler des nuits
Comme à travers ses mains le sable
        André Frédérique



J'ai vécu sans le savoir,
        Comme l'herbe pousse...
Le matin, le jour , le soir...
        Tournaient sur la mousse.
        Marie Noël



C'est l'heure du bois coupé :
j'entends ta hache à la remise
où le hibou entre souper
dans sa maison sur la solive
        Didier Pobel



Aux potagers de Charles Cinq
Mène la rue du Pont aux Choux
La ville est morte. Embrassons-nous
        Maurice Fombeure



quelque part on dirait
on dirait que l'on rit
on dirait que l'on pleure
on dirait que l'on souffre ?
        Jean Tardieu



Pour défaire ce brouillard qui déflore le vent
de ses mains de silence au bord du firmament
dis ma belle si ciel il y a
dis ma belle est-ce qu'au ciel on ira ?
        Gilbert Langevin



Forêts orées et rivières
Ô rois ô renards dorés
Les charrettes irréelles
Font un bruit d'harmonicas
        Maurice Fombeure



Venise de tourment, de volupté, de joie !
D'autres que moi boiront votre air doré, moiré,
Je ne reverrai plus San-Giogio-Maggiore...
        Paul Morin



Alors l'expédition s'en fut.
S'en fut, et le coeur de la mère s'arrêta.
Et par l'angoisse arrêté il vécut
Tant que la nef ne revint pas.
        Miguel Torga



dent de craie dent de fou
qu'il est beau le hibou
dans de grès dans de sot
qu'il est doux le crapaud
        Jacques Brault



Le chant du rossignol subtil
Qui nous connaît de part en part
Au rose et vert miroir d'une île
Mène l'oeil et vers d'autres parts
        Claude Rousseau



Ô la maison vide,
où vivre nous givre,
où les portes geignent
comme loups des plaines
        S. Kirsanov



Là-bas là-bas près de la haie
V'là le boiteux qui apparaît !
Il paraît il paraît
V'là son chapeau qui paraît
Le voilà qui disparaît !
        Claudel



Les noiseux
Mangent des noisettes
Les crapauds des pâquerettes
Les chats des chalumettes
Quand il fait frais
Des chalumeaux
Quand il fait chaud
        Paul Vincensini



La sainte Vierge s'en va chantant
Avec ses beaux cheveux pendants
Dans son chemin a rencontré
un boulanger, un boulanger.
        Anonyme d'ici


Embarque, embarque, embarque
Dans mon joli bateau
Nous partirons dimanche
À la voix du canon

Si j'étais hirondelle
Je pourrait m'envoler
J'irais à Sainte-Hélène
J'irais me reposer

Est-ce, ici, la Sainte-Hélène de Napoléon ? Cette chanson, que chantait mon père, aurait-elle été  importée à P.-R. par une religieuse française, soeur Mélanie ?


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