INÉDITS
quel
mystère
à l'aube de l'enfance
a voulu ce
destin
où je me perds
qui
a piégé
le cristal des jours
l'émoi des
arbres
le frissonnement des grandes eaux
dans quels abîmes
tout
s'en est-il allé
toujours
cette montée des larmes
la douleur demeure
de
tout temps je t'invente
dans ce verger heureux
malgré
les engelures
des petits matins sauvages
de
tout temps je t'invente
hors du monde
dans le silenciaire
du
désert séculaire
où je pleure
de
tout temps je t'invente
l'éternité nous attendra
j'écoute
dans la ville
le silence des arbres
au loin résonne
le
son des tam-tams
le bruit des fusils
voici que s'avance
l'ombre
de la barbarie
sur la terre assassinée
une
peur immobile
nous tient là
ne plus bouger
écouter
le silence
l'ailleurs tremble d'effroi
je
redis encore ton nom
dans mes dernières errances
nous
étions en ce fleuve tranquille
avec des silences au
coeur
où se nichaient
des tremblements d'angoisse
nos
yeux en longs fils
de tendresse
disaient ce frémissement
de nos corps
dans la moiteur du verger
passent
les ciels
passent les eaux
passent les paysages
passe le
noir des nuits
dans
le mensonge des visages
dans l'opacité des images
dans
les fissures des miroirs
je
suis naufragée
ma silhouette au milieu des algues
noyée
dans l'angoisse de mon regard
me tient proche de cette folie
ancienne
je
vous dis mon crâne déstructuré
je vous dis mon
égarement
je vous dis mon chant de mort
serai-je bientôt consolée
quel
orage fracassera cette douleur
emmurée dans mon âme
en
cette nuit d'oiseaux morts
quel
orage renversera
la colère des pierres
au profond des
abîmes
quel
orage délivrera
la détresse faisant son nid
en
ces temps agoniques
les
oiseaux du froid
n'en finiront jamais
de mourir
voici
ce moment si bref
où j'ai parlé à mon père
pour la dernière fois
dans
une aube égarée à l'ombre du vent
dans le
mystère autour des fenêtres
dans la nuit de tout ce
temps d'avant
dans la douleur des enfances
toutes
nos solitudes inscrites
toutes nos filiations ressuscitées
en
ce moment si bref
d'avant sa mort
cette
douleur ancienne
cuivre au fond de l'âme
prisons aux
parois du coeur
affolement du sang
cette
douleur ancienne
drame d'avant l'origine
égarement du
verbe
chute du souvenir
cette
douleur ancienne
où repose le secret
du naufrage
inscrit
dans le vertige
des abysses.
ces
carnets
autour de nos silences
sont des jardins de cristal
au
coeur du désert
ils nous disent
la couleur des êtres
instants
de vie
ainsi vont les heures
tandis
que la fulgurance des possibles
s'émiette sur la table
et
que le silence
se fige aux parois de nos coeurs
plus rien
n'existe
que la mort
dans des chambres closes
nous
avons tant cherché
un tout petit espace
pour dire
adieu
à nos désirs fous
à notre impossible
devenir
en notre pays dévasté
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Pierrette
Pelletier
Après avoir pris sa retraite d'enseignante de français au secondaire, Pierrette Pelletier, s'est inscrite aux ateliers d'écriture poétique de Michel Pleau à l'Université Laval. Son recueil, Mouvance des saisons, a fait l'objet d'une exposition de reliure d'art à livre imposé, organisée par Les arts du livre, en collaboration avec La Bouquinerie de Cartier, à l'occasion de L'automne des libraires en novembre 2006. Elle a, de plus, publié des poèmes dans la revue Poésie (Québec) et des haïkus dans L'érotique (Belgique). Elle a aussi été membre du jury littéraire (roman) de la revue Elle Québec en 1992-1993 et 1995-1996. Elle poursuit toujours son travail d'expression poétique.