GRÂCE,
BONHEUR
Il est l'affection et le
présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la
rumeur de l'été, lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui
qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des
stations. Il est l'affection et
l'avenir, la force et l'amour que nous,
debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel
des tempêtes et les drapeaux d'extase.
Rimbaud
L'espoir luit comme un brin de paille
dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu le coude sur la table ?
Va dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !
Verlaine
L'incomparable
bonheur de
me retrouver seul sous l'orage,
Sans lieu où aller, à regarder les éclairs dessiner des pics
escarpés,
Obsédant souvenir d'un visage recouvert de cendre.
Serge
Patrice Thibodeau
un jour j'aurai dit oui à ma naissance
j'aurai
du froment dans les yeux
je
m'avancerai sur un sol, ému, ébloui
par la
pureté de bête que soulève la neige
un homme reviendra
d'en
dehors du monde
Miron
Il
viendra ce temps bienheureux
Où je
pourrai dormir, libérée de moi-même ;
Où les
eaux de la pluie et la neige profonde
Ne me
pèseront plus.
Emily
Brontë
Plus de
tenailles
Plus
d'ombres noires
Plus de
crainte
Il n'y en
a plus trace
Il n'y a
plus à en avoir
Où était
peine, est ouate
Où était
éparpillement, est soudure
Où était
infection, est sang nouveau
Où
étaient les verrous est l'océan ouvert
L'océan
porteur et la plénitude de toi
Intacte
comme un oeuf d'ivoire.
Henri
Michaux
Le monde était limpide, comme
moi, mais bien plus éclatant
que moi,
Mouillé qu'il était encore, avec tous les passereaux sauvages,
de la pluie d'hier
C'était le
cinq du mois d'adar,
là-bas, au détour de Kfer Saba
Ayin
Hillel
 |
Il a
toujours au coeur les buissons verts,
Les
papillons colorés et divers ;
Ruisseaux
bruyants, argentins et fluides ;
Les rocs
moussus ; les cavernes humides ;
Les bois
fleuris ; les poignants églantiers,
Les
aubépins parfumant les sentiers ;
Les vents
souëfs et les fontaines froides ;
Combes
aussi profondes et très roides ;
Et n'a
souci en son contentement,
Qu'à
cueillir fleurs pour son ébattement,
En
écoutant des oiseaux les doux sons.
Maurice Scève
comme la
branche creusée par le berger et qui entend de son
coeur
d'aubier, de son coeur d'aubelle, de son coeur d'aubaines
pour la première fois
un chant de flûte jamais nous ne sorti-
rons de
notre émerveillement
Pierre Perrault
Et les
rousseurs
S'exaltent sur les marronniers où il fait beau
Comme de l'or.
C'est encore un jour à vivre, une
Journée à
conduire aux champs les bêtes à cornes
Sous les
cornouilliers dont les fruits tuméfiés
Portent
vers le sang nocturne.
Robert Marteau
Quand
pourrais-je habiter un champ qui soit à moi !
Et,
villageois tranquille, ayant pour tout emploi
Dormir et
ne rien faire, inutile poète,
Goûter le
doux oubli d'une vie inquiète !
André Chénier
Comme le vin est le haut-lieu de la sève et du fruit,
toute
parole mûre décante les oeuvres et les songes,
mais
l'ivresse traverse seule la paisible épaisseur vendangée.
énergie
heureuse à la surface de la moelle intelligente !
Rina Lasnier
Ô
triomphe après les douleurs !
Le
travail bruit dans les forges,
Le ciel
rit, et les rouges-gorges
Chantent
dans l'aubépine en fleurs !
Victor
Hugo
 |
Je suis
grisée par l'air
Et
débauchée par la rosée ;
Je titube
les jours d'été sans fin
Hors des
auberges bleu fondu.
Emily Dickinson
Il s'avance trop clair, trop éblouissant le bonheur,
Les murs
se dressent
Sans
parole et glacés, dans le vent
Crissent
les enseignes.
Hölderlin
Quand
l'air goûtait le chocolat, je voyais avec délices la trace
des
loups-cerviers ; l'oeil du voyageur observant le chasseur
comme un
animal à l'affût. Les tympans exacerbés par les fous
rires de
l'enfance, que de rencontres, quand nous vivions
extrêmement
Jean
Désy
Je sais un paradis où je rêve à mon aise.
Ici, c'est un bosquet, plus loin, c'est
la falaise,
À cent pieds au-dessus du niveau de la
mer.
On voit venir de loin les vaisseaux vers
la côte,
Les
après-midi d'août. J'y vais à marée haute.
Mon chien vient avec moi. J'apporte des
romans.
Les nids sont pleins de choeurs ; les
nids sont
bien charmants !
Eudore
Évanturel
Je vous
écris pour vous
dire
Ce soir à l'étang
Il n'y aura personne
Rien d'autre qu'un astre vif
Au flanc du vent
Et mille
éphémères
Autour du rêve
Roland Giguère
Dans les triades d'ombre à l'engloutie
lumière lame fine
tu t'infiltrais en chuchotis de gloire
telle l'amande nue
Marie-Jeanne
Méoule
Mais là
dans la prairie.
de l'autre côté si proche, dans le
bosquet de noisetiers,
C'était là...
André Frénaud
ô
là-bas la puissante tendresse — primale matière qui
me redonne
l'élan chair sans tristesse
mâchouillant du rêche de friche ou des
chiques de lichens
Gatien Lapointe
Voici le
miel des frais
voisinages ;
une
lumière illustre les
voiliers
qui dit
la transparence et
l'humeur vagabonde
du grand
azur creusé après
tant de supplices
mais
libre toujours et donnant
son feu
aux lèvres des femmes.
Roland
Giguère
Brusquement toutes les cimes se
découvrent, et les caps escarpés et les vallées,
Et l'air immense à travers le ciel s'est déchiré
Toutes les étoiles resplendissent, et le berger se sent le coeur gonflé
de joie.
Homère
Dans la nuit bienheureuse,
En secret, nul ne me voyait,
Et ne me regardait nulle chose,
Sans autre guide ni lumière
Que celle en mon coeur qui brûlait.
s. Jean de la Croix
Nous
vivons
sous le grand miroir.
L'homme
est tout bleu !
Hosanna
Garcia
Lorca
Ma joie me tient caché à toi,
elle rayonne alentour et me dérobe,
comme un animal vêtu de sa soie.
Dante
Si plénier
Veille
sur moi le monde !
Jorge
Guillen
Roulé dans tes senteurs belle
terre tourneuse,
je suis enveloppé
Jules
Supervielle
Le monde est
réel et je suis vivante
pour un
peu de temps encore.
Monique Laforce
Jeunesse de maraude
dans la splendeur de l'ancienne durée,
Jean
Follain
Mille émigrants sur les
trois ponts
n'ont qu'un petit accordéon.
Jules
Supervielle
Quand il venait c'était Noël —
Mon coeur devenait un pain d'épices
Else
Lasler-Schüler