LE CORPS
ET ton corps surgissait des eaux
lustrales, ressuscité.
comme une
inextinguible épée.
Jose Angel
Valente
Ce que fait la
main
la métamorphose.
Le bois qu'elle coupe
devance l'hiver
et l'éloigne.
Jean-Claude Renard
Neige
du corps aux douces pentes,
Plus haut que l'ombre des bas noirs,
Les mouvement des longues jambes
Si loin m'égare certains soirs.
Henri Thomas
Comme un oiseau
dans la tête
Le sang s'est mis à chanter
Des fleurs naissent c'est peut-être
Que mon corps est enchanté
René Guy Cadou
Chaque jour je m'enfonce dans ton corps
et le
soleil vient bruire dans mes veines
mes bras
enlacent ta nudité sans rivages
où je déferle
pareil à l'espace sans bords
Miron
Corps contre corps
baignés dans la sueur froide de l'aube
dans le
grand corps du monde
voué à l'éternelle journée
de travail
Magda
Carneci
PLUS
BELLE QUE LES LARMES
Jeune fille plus belle que les larmes
qui ont coulé plus qu'averses d'avril
beaux yeux aux ondes de martin-pêcheur du matin
où passent les longs courriers de mon désir
mémoire, ô colombe dans l'espace du coeur
mes mains sont au fuseau des songes éteints
je me souviens de sa hanche de navire
je me souviens de ses épis de frissons
et sur mes fêtes et mes désastres
je te salue toi la plus belle
et je chante
Miron
L'AMOUREUSE
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Éluard
Ton
souffle, ta
paume
contre ma tempe.
Un seul rameau frémit
contre le bleu de l'aube.
Tes bras frais m'enveloppent
et me scellent au creuset
du coeur où croît une autre
Terre— que nul n'entend...
Là, confié au tourment, je pressens,
si ténue, se délier une aile.
Paul Chamberland
Dans la forêt des sens
Plus obscure que l'autre
Dans la bruyante et clandestine
Multitude sauvage
Àtravers les images
Qui prennent l'air du rien
Quand il vente très haut
Dans le ciel du grand vide...
Georges
Perros
Et l'eau refaisant le brillant
du ciel, la poudre
épaisse
Du paysage de rondeur revient et c'est le monde
De nouveau les beaux grains de la peau et le sommeil
S'il bouge sur les lombes le pays rosé
Voit la puissance du vent sec avec les songes
De tous les côtés se produire
Pierre Jean Jouve
Comptoir
inconfortable
notre corps
malgré tout
permet de s'accouder à l'enseigne du monde.
Marie-Claude
Bancquart
Les yeux sont de petits animaux que le
corps de l'homme
a dressés, obéissant aux moindres mouvements de
ses
paupières : à peine elles se soulèvent
qu'ils partent et à
peine elles se baissent qu'ils reviennent.
J.-L. Parent
En fin de compte
tout cela
ne sert pas à grand chose.
Même les plus durs
sont roses à l'intérieur.
L'amande a toujours du duvet
même dans les noyaux les plus récalcitrants.
La fluidité ne sera peut-être pas la même dans chaque corps :
l'un sera salé, l'autre sucré, le premier souple, le second fondant.
*
On ne vous
abandonnera pas comme ça, partout vous aurez des
mains pour vous rattraper et vous tenir aux autres.
Fini la solitude des antipodes ! Vous serez tous dans la même
respiration, au même moment.
On peut comprendre ceux qui cèdent à une telle tentation.
Le corps est tellement vaste, on ne peut que s'y perdre.
Tout cela devrait être sous-loué et non confié à une seule
personne.
Jean-Louis
Giovannoni, L'élection,
1994, p.11, p.42
J'ai de gros yeux couleur de
l'eau de mer,
des dents de morse en guise de dentier
Quand je parais paraît aussi l'hiver
Tout devient pôle et les ponts sont
glacés
Max Jacob
Le Chatouillement
peut avoir de l'excès
et être
mauvais ; la Douleur peut être bonne dans la
mesure où le Chatouillement, qui est une Joie,
est mauvais.
Spinoza
 |
Quand
dorment les soleils sous nos
humbles manteaux,
Dans l'univers obscur qui forme notre corps,
Les nerfs qui voient en nous ce que nos
yeux ignorent
Nous précèdent au fond de notre chair
plus lente,
Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes
Arrachant à la chair de tremblantes aurores.
C'est le monde où l'espace est fait de notre sang ;
Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants
Ont du mal à voler près du coeur qui les mène
Et ne peuvent s'en éloigner qu'en périssant,
Car c'est en nous que sont les plus cruelles plaines
Où l'on périt de soif près des fausses fontaines,
Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,
Les uns parlant parfois à l'oreille des autres.
Jules
Supervielle
J'ai retrouvé une photo de ce
temps-là, sombre mais très belle, un seul coup d'oeil et
je ressens tout, la main, la montre dans les poils, l'épaule,
les sursauts du cou, la bouche, exigeante et peureuse. Bien entendu, ta
chevelure. Je n'arrive pas à considérer comme vrai, ni
même comme vraisemblable, que tu n'existes plus. Du moins plus
ainsi. Je ne puis m'accorder à cela. Je ne puis contenir cela.
Je ne puis que regarder cette image exemplaire, retracer en mon
être ce que j'ai connu de celui-là, et m'en tenir à
l'envahissement clair et clandestin de cette présence
irréfutable.
Je ne comprend
pas ce qui est arrivé à ce corps. Quel désordre
inoui s'en est emparé. Ils m'ont nommé tes
viscères et j'en passe. Tes viscères jamais ne me
convaincront de rien. Il m'a nommé tes blessures, cela non plus
n'est pas suffisant. Je lui ai ordonné de s'en tenir, bouche
cousue, aux rigueurs du mystère. Mais quel droit le
mystère s'est-il arrogé pour s'en prendre ainsi,
dès maintenant, à ton corps ?
Le mien
continue de s'amoindrir et de plisser. J'ai constaté, par une
photo récente, que toi aussi, ces derniers temps, tu avais
creusé. Nous aurions bien ri de nous revoir et de noter les
petites craques déjà de la faucheuse. De compter, dans un
délirant inventaie, les points approximatifs de la faucheuse.
Mais la faucheuse t'a coincé avant l'âge dans mon dos, et
elle n'admet, bien sûr aucune rémission.
Je n'ai rien voulu imaginer de cette
mort, en aucun
point de son parcours. J'ai effacé à mesure tout ce
qu'ils m'ont raconté. Je n'ai retenu aucune bibite ni aucune
machinerie. Je te dis que je ne veux avoir affaire qu'a ta stricte
intégrité. Qu'à jamais ne s'agira entre nous que
de ta seule et superbe jeunesse.
Geneviève
Amyot, Je t'écrirai
encore demain, 1995, pp. 27-28
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LA
MAIN DU
POTIER
La main du potier à sa toupie de glaise,
son regard soutenant la fragilité du contour
et la terre tourne réceptacle d'eau et de feu ;
mais la femme sur fond ferme et lisse d'amour
laisse tourner l'argile et les gestes sphériques
puis ramène sur elle l'aile épaisse de l'homme
Rina
Lasnier
Comme le fleuve
obscure qui remonte à sa source
Le fleuve emprisonné dans la boucle du sang
Un chagrin sans épine nimbe son horizon
La chair frisonne sous la vague
Entre ses mains d'écume il découpe les
ombres
L'âpre vent du dégel
Le soufe du printemps qui hérisse les feuilles
Donne la chair de poule au ventre des prairies
Coeur étoilé de tant d'ardeur
démente
Front de proue acharné aux accès de la
vie
Pierre Reverdy
un peu
de dentelles
au bord des lèvres
comme si l'herbe
y poussait
Lucien Francoeur
Cette gorge et ce front, ces
cheveux,
cette lèvre
Cueille-les dès avant que ce qui fut hier
en ton âge doré, lis, oeillet, or, cristal,
En argent ne se change, en violette fanée
L. de
Gongora
ces yeux
comme irréels, ces yeux
d'impossible été, l'ardeur
l'appel du soleil en ce jour-là
ces yeux
lumière, du corps
c'est l'intouchable gloire
Luc Racine
vient la
vieille douleur
le nerf pincé par l'ange
et les cheveux défaits
Bernard
Noêl
Rien qu'un
midi, s'il t'en souvient,
ma cervelle, graine ridée,
j'ai du vivre, j'étais si bien,
ô ce pollen d'une pensée !
Henri
Thomas
Sous
la voûte charnelle
Mon coeur qui
se croit seul
S'agite
prisonnier
Pour sortir
de
sa cage.
Jules
Supervielle
Vos omoplates
se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent.
Tournez vos tours !
Rimbaud
La pluie nous
a
débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Puis, corbeaux, nous ont les yeux cavés
Et arrachés la barbe et les sourcils
Villon
Le vif oeil
dont tu regardes
Jusques à leur contenu
Me sépares de mes hardes
Et comme un dieu je vais nu.
Mallarmé
J'étais
recouvert
De mille petits
mollusques vifs
Ma nudité lustrée
Jouait dans le soleil
Je riais comme un enfant
Alain Grandbois
Les
bras sont
faits pour la force
Pour le pain pour l'eau
Pour toutes les choses ensemble
Jean-Guy
Pilon
Dors dans le
calice de ma main
Nudité
Bouche ivre
Ventre soyeux
A. Miguel
belle bouches
sexe feuillu
l'été bouge
dans mes bras
Paul-Marie Lapointe
Dans ta
respiration j'écoute
la marée d'être,
la syllabe oubliée du
Commencement.
Octavio Paz
Tiens-nous au
bord des déchirures
Où notre souffle court ô fugitive
Tiens-nous dans la joie de dire
Éric Brogniet
Dans
la parole
elle est assise et elle mange
Assise et elle mange
si doucement
ce qu'elle mange la devient
S. Stétié
En
quoi
même le vide
sera repeint : bleu avec la
Peinture à l'eau de tes yeux.
Pierre
Oullet
la lenteur du
corps
rapproche tout dans
l'espace s'ajourant
Michel
Savoy
Sept
fois, je
connais l'étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.
Anne
Hébert
Vieille
tête, hantée, et musicienne, et folle,
Si je pouvais enfin te détacher de moi
La Tour du Pin
Dans
les
pulsations intermittentes des deltas
Les poignets débordés par la crue de
la fièvre
Pierre
Reverdy
Mes
mains
jamais apaisées
Se cachent et fuient comme des racines
Claude Rousseau
Tu
n'as plus
de mains.
Tu dors.
Supervielle
Tes yeux sont
comme l'haleine de l'aurore
Comme le sel des buissons révélateurs
Alain Grandbois
Et dans la fossette de
ton menton
Je me bâtis un repaire de rapaces
E. Lasker-Schüler
Tes
yeux sont
comme l'haleine de l'aurore
Comme le sel des buissons révélateurs
Alain Grandbois
Nos corps nous tiendrons
encore chaud
quelque temps
Dans l'âge
avancé de la nuit
Lorand Gaspar
La
marche est usée
Le pied en a soin
M. van Schendel