LES MÉTIERS
ha
! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons :
mangeurs
d'insectes, de fruits d'eau ; porteurs d'emplâtres,
de
richesses ! L'agriculteur et l'adalingue, l'acuponcteur
et le
saunier ; le péager, le forgeron ; marchands de sucre,
de
canelle, de coupes à boire en métal blanc et de
lampe
de corne
Saint-John
Perse
À
la question : qui encore est forgeron ? On évoquera les
Kamissoko et les Cissoko !
Le mortier dans lequel on pile
provient
des familles de Soumaro : le monde entier existe donc grâce à
eux !
La houe avec laquelle on remue la terre vient de chez
les
forgerons : l'humanité existe donc par eux !
La poterie
dans laquelle on prépare les mets provient des familles de
forgerons : le monde subsiste grâce à eux !
Kounkounba
Bantanba, Niani Niani sont les villes qu'ils ont conquises et qui ont
donné les noms à leurs familles !
Makan, l'ancêtre,
maître du vent, tout provient des familles issues de toi !
Toute chose prend là son origine !
Faire de la fillette une
femme, c'est le travail de la potière !
Faire du garçon
un homme, c'est la tâche du forgeron ! Eh ! Eh ! Eh ! Les
forgerons, ce n'est pas n'importe qui ! (Louanges traditionnelles des
forgerons de Mandé)
Mambala
Kante, Forgerons
d'Afrique noire,
L'Harmattan 1999
LE GRAND DISEUR
ÉVOQUE
LES
FORGERONS
Le fer geint,
forgeron...
Larmes noires,
sueur
et
suie,
forges,
braises,
soufflets,
lingots
ombres
géantes
et impétueuses...
Le fer geint
forgeron...
Les deux marteaux
comme
deux
chiens
mordent le fer
chauffé à blanc.
Fendu
le fer l'étampe demeure brûlante
comme un couteau
coupant des langues...
Le fer geint,
forgeron...
Et
tout se tait,
hormis l'enclume,
hormis le fer
rouge
dans
l'eau
langue éclatée
qui ne s'éteint...
Le
fer pleure,
forgeron...
Miguel
Angel Asturias, Le
grand diseur
Il faut encore, pour soigner les vignes, faire un autre travail dont on ne vient jamais à bout : trois ou quatre fois par an fendre tout le terrain et en briser sans cesse les mottes avec le revers des hoyaux ; éclaircir le feuillage dans tout le vignoble, Le travail revient pour les cultivateurs suivant un cycle, et l'année se déroule en repassant sur ses propres traces ; aussi dès que le vignoble à mis bas ses feuilles attardées et que le glacial Aquilon a dépouillé les bois de leur parure, déjà le paysan actif étend à l'année qui vient sa sollicitude et, armé de la dent recourbée de Saturne, il s'acharne à rogner ce qui reste de la vigne et la façonne en la taillant.
Virgile, Les Géorgiques
Les métiers d'antan
fontainier,
chaudronnier, bouilleur de cru,
scieur de long, rémouleur,
gaveuse d'oie,
meunier, postillon, faiseur de balais,
cabaretier,
moussier, marchand de verjus
layetier, regrattier, fabricant
de
chandelles,
papetier, marroquinier, chamoiseur,
fondeur
de
bronze, fondeur de cloches
tapissier de basse, de haute-lisse
|
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PLAINTE DU DÉBARDEUR
Payez-moi,
M'sieur ! Oh, payez-moi !
Tout
d'suite, mon argent !
Payez-moi, M'sieur ! Oh, payez-moi
!
Tout
d'suite,
mon argent !
Payez-moi,
M'sieur ! Ou bien va en prison !
Tout
d'suite, mon argent !
Payez-moi, M'sieur ! Oh, payez-moi !
Oh, mon argent !
Not'
capitaine, il avait dit
Qu'il nous payerait tous les
jeudis.
Payez-moi, M'sieur ! Oh, payez-moi !
C'est
vot' heur'
pour mett' à la voile :
Oh, payez-moi, ou va en prison !
Ah
! Ah ! Si j'étais M'sieur Foster,
J'resterais assis sur mon
postère !
Ah
! Ah ! Si j'étais M'sieur Barnum,
J'rest'rais assis à
boire du rhum !
Ah
! Ah ! Si j'étais M'sieur Rawson,
J'rest'rais assis à
la maison !
Payez-moi, M'sieur ! Oh, payez-moi !
Tout
d'suite, mon argent !
Fleuve
profond, sombre rivière,
trad. M. Yourcenar
Mon
âme et moi nous nous voyons très peu :
Elle a sa vie
et ne m'en parle guère.
Je connais mal ses loisirs
oublieux,
Moi, je n'ai pas le temps ; j'ai mes affaires.
Un
boulanger, ça ne dort pas beaucoup ;
Toujours le four qui
ronfle et la levure
En mal d'amour dans la pâte au long
cou,
Pâte et pétrin, voilà mon
aventure.
Norge
forgeron,
ferblantier,
tourneur
bijoutier,
horloger,
graveur
soudeur,
ciseleur,
orfèvre
bûcheron,
charbonnier, menuisier,
charpentier
sabotier,
chaloupier, tonnelier,
ébéniste,
charron,
boisselier, bouchonnier,
tourneur,
luthier,marqueteur,
encadreur,
sculpteur
sur bois
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LES SARDINIERS DE LOCHRIST
Ohé
! Goulvent, ohé ! Prigent
Le
fin poisson lamé d'argent
Au soleil là-bas frétille
sous l'onde.
Allons
pêcher ces
vifs reflets :
Nous
en ferons des
bracelets
Pour cercler chacun le bras de sa blonde !
(...)
Léon
Durocher, Les métiers,
Jean Grassin éditeur, 1982
J'écoute
les tziganes, les colporteurs,
les
maîtres d'oeuvre
ceux qui serpentent entre chien et
loup
avant
l'hiver
Marc
Piétri
ALPAGE
Flatte,
berger, la jument avec ses longs cheveux de
fille,
inquiète
en ce soir ambigu où la rentrée des trou-
peaux,
dans une rumeur de caresses de laine confuses,
piétine
le visage de nos âmes parallèles.
Pierre
della Faille
Vieux
berger (fait de ronces, de pierres, de broussailles),
vieil
homme
sans peur, sans espoir, moqueur silex de
liberté, riant
sec, goguenard, à la barbe de la
mort.
Georges-Emmanuel
Clancier
LE GRAND DISEUR
ÉVOQUE
LES
MENUISIERS
Arbre je me livre
à
toi menuisier !
J'ai eu sur mes branches
l'étoile
endormie,
lors ne me soucient
la hache qui tranche
ma
vie,
l'égoïne
avec ses canines,
le ciseau, la gouge...
Arbre je me livre
à
toi menuisier !
Sur mes bran
s'éveilla la pluie,
lors
ne me soucie :
galope, galope
sur moi ta varlope...
(...)
Arbre
je me livre
à toi, menuisier,
sur mes branches
vertes
s'éveilla la pluie
sur mes branches
j'eus
l'étoile endormie...
Miguel
Angel Asturias
Avec
la neige qui survient
Et les vols criards de corbeaux,
Nous
fauchons les champs à nouveau
Pour engendrer l'arrière
foin
Henry
Wadworth Longfellow
Lorsque
à notre art, soudain, s'offre la forme vive —
Âme,
visage et torse, actes, membres, et cri —
Ce n'est d'abord
qu'un peu de glaise qu'on pétrit,
Premier enfantement de
notre chair rétive.
Plus
tard, longtemps, la main dans la roche pensive,
Accomplit par
le
fer les desseins de l'esprit,
Et la beauté renaît,
que plus rien ne flétrit,
Éternité promise à
l'ébauche passive...
Michel-Ange,
Sonnets
XIV
« CITY-HOTEL »
Le
sac au dos, vêtus d'un rouge mackinaw,
Le jarret musculeux
étranglé dans sa botte,
Les shantymen
partants s'offrent une ribote
Avant d'aller passer l'hiver à
Malvina.
Dans
le bar, aux vitraux orange et pimbina.
Un rayon de soleil
oblique,
qui clignote,
Dore les appui-corps nickelés, où
s'accote,
En pleurant, un gaillard que le gin chagrina.
Les
vieux ont le ton haut et le rire sonore,
Et chantent des
refrains
grassouillets de folklore ;
Mais un nouveau trouvant ce bruit
intimidant,
S'imagine
le cap isolé des Van Dyke,
Et sirote un demi-schooner
en regardant
Les
danseuse
sourirent aux affiches de laque.
Alfred
Desrochers
Ô
triomphe après les douleurs !
Le travail bruit dans les
forges,
Le ciel rit et les rouges-gorges
Chantent
dans
l'aubépine en fleurs !
Victor
Hugo
Sur
les routes sillonnées le Rempailleur
le Rémouleur
ont passé dans l'enfance
au
temps des machines à coudre
pédale
et dévidoir
Jude
Stéfan
Petits
métiers en Inde
chaudronnier,
tisseur, coiffeur,
cireur de chaussures,
vendeur à la
sauvette,
cureur d'oreilles,
rouleur de bidis
Une
ouvrière que le noir gante
et ne réclamant pas
justice
tient dans sa main un peu de viande
pesée sur
les soleilleuses balances,
Jean
Follain
LE BRASSEUR
et
sa manière de connaître
sa manière d'aimer
le
grain, l'eau, le cuivre, le bois
et le lent ferment des
ans.
David
Solway
Au
mitan du corps
Tu vois ces gens qui me traversent
Schlitteurs
des Vosges
Carrier de granit
Fraiseurs de fer
hennissant à
la nuit
Tous ces gens debout qui marchent
À travers
mon
sang
J.-C.
Walter
Le
Vérificateur des poids et des mesures descend les
fleuves
emphatiques avec toutes sortes de débris d'insectes
et
de fétus de paille dans sa barbe.
Saint-John
Perse
LES MÉDECINS
Le
médecin Tant-Pis alloit voir un malade
Que visitoit aussi
son confrère Tant-Mieux,
Ce dernier espéroit,
quoique son camarade
Soutînt que le gisant iroit voir ses
aïeux.
Tous deux s'étant trouvés différents
pour la cure,
Le malade paya le tribu en nature,
Après
qu'en ses conseils Tant-Pis eut été cru.
Ils
triomphoient encor sur cette maladie.
L'un disoit :
« Il
est mort ; je l'avois bien prévu.
« S'il m'eût
cru, disoit l'autre, il seroit plein de vie. »
La
Fontaine
Les cris de Paris
—
Belle
pomme d'api —
Achetez des chapelets —Noir à noircir —Mes beaux
bouquets —Achetez des cruches —Chaudronnier à
refaire les vieux réchauds —Champignons les gros —Peaux
de lapin —Du céleri chicorée blanche —Mes
gros cervelas —Voila les petits pâtés tous chauds
—Artichauts les gros artichauts —Pot au lait —Melons
sucrés et très vineux —Vieille ferraille à
vendre —Beurre frais beurre frais —La gazette nouvelle la
gazette —Mes gros balais verts —Des lacets du ruban du
fil —À fendre du bois —Cureur de puis —Qui
veut de l'eau —Almanach nouveau —La mort aux rats et aux
souris —A mes bonnes poires au sucre —Harengs frais les
gros —Tisane à la glace —Choux blanc mes poireaux
à mon bel oignon —Argent de mes gros fagots —Crieurs
de chansons nouvelles
|
|
J'suis v'nue au monde seule comme tout l'monde
C'est seule que j'continue ma vie
À Dieu le Père j'pourrai répondre
C'est jamais moi qui a fait le bruit
Pour imaginer mon allure
Pensez à novembre sous la pluie
Et pour l'ensemble de ma tournure
Au plus long des longs ormes gris
Comme on dit dans la fleur de l'âge
J'suis entrée à factrie d'coton
Vu qu'les machines font trop d'tapage
J'suis pas causeuse de profession
La seule chose qu'j'peux vous apprendre
C'est d'enfiler le bas d'coton
Sur un séchoir en forme de jambe
En partant d'la cuisse au talon
Si je pouvais mettre boute à boute
Le ch'min d'la factrie à maison
Je serais rendue y'a pas d'doute
Faiseuse de bébelles au Japon
Pourtant à cause de mes heures
J'peux pas vous décrire mon parcours
J'vois rarement les choses en couleurs
Vu qu'y fait noir aller-retour
Quand la sirène crie délivrance
C'est l'cas d'le dire j'suis au coton
Mais c'est comme dans ma p'tite enfance
La cloche pour la récréation
Y'a plus qu'une chose que je désire
C'est d'rentrer vite à la maison
Maintenant j'ai plus rien à vous dire
J'suis pas un sujet à chanson
Clémence Desrochers
VIVRE TARD
Forçats
désabusés des mines de l'aurore
Quand ce sont des
pêcheurs de perles ou de corail
Exploiteurs des filons doux
de la matière
Du sang des bêtes revenues à
leur bercail
Ou de lentes sueurs qui animent ta fièvre
Rameurs
de l'absolu attelés au regain
Travail de nuit
Quand
le
dormeur couché entre deux tranches d'ombre
Ébranche
l'arbre du sommeil...
Pierre
Reverdy