DIVERS

Deux citations


Poésie ou roman ?

        Depuis sa naissance, le roman est là, d'abord et avant tout, pour une chose : nous sauver de la poésie

        De la poésie, c'est-à-dire de tout ce qui, sans que nous le sachions, tend à nous faire oublier qui nous sommes, ce que nous faisons réellement quand nous croyons faire ce que nous voulons faire et ce qu'est réellement le monde dans lequel nous vivons. Ce qui fait du roman, de l'analyse critique, de la recherche de la vérité, du rire et de l'incroyance fondamentale qui le définissent, la seule défense que nous puissions opposer aujourd'hui au monde qui nous entoure, monde dans lequel les forces poétiques ou poétisantes sont devenues plus puissantes, plus envahissantes, plus péremptoires, peut-être, qu'elles ne l'ont jamais été jusqu'ici dans l'histoire. C'est que l'ubris poétique, aujourd'hui, c'est-à-dire le sentiment de la liberté et de la bonté illimité de l'homme, de sa grandeur et de son innocence, non seulement ne rencontre plus d'obstacle et survit à tous les démentis, mais est devenu le fondement de notre identité moderne, répandant partout dans les âmes et dans les discours une bonne conscience agressive qui prend tantôt la forme de l'ivresse, tantôt celle de la rage, et veut transformer nos vies en une lutte et une victoire perpétuelle (...)

        C'est dire à quel point le roman, à quel point la prose et l'incroyance radicale du roman nous sont plus nécessaires aujourd'hui que jamais. Car si le roman vient à nous faire défaut, que restera-t-il pour nous réveiller de la poésie et nous rappeler à notre simple humanité ?
        François Ricard, Chroniques d'un temps loufoque, 2005, p. 20



Notre incomparable poète

        L'un [Louis Fréchette] sera le véritable barde de notre épopée coloniale ; l'autre [Émile Nelligan], notre premier poète mythique aux accents symbolistes et lyriques, une sorte de condensation de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud aux résonances pourtant profondément singulières ».
        Louise Blouin, Bernard Pozier, Poètes Québécois, 1996, (Introduction), p. 7



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