DIVERS


Les pensées, façon Renard, le monologue à la Devos


À chaque instant je m'éteins et je me rallume.
Mon âme est pleine de petits bouts d'allumettes.

 Comme la vie est longue, l'hiver !

 Mal nourris, tous mes projets sont morts de faim.

Regarder un rayon de soleil dans une chambre obscure.
C'est plein de poussière. Il n'y a rien de plus sale qu'un
rayon de soleil.

La rêverie c'est le clair de lune de la pensée.

L'homme ivre rentre et regarde les objets de sa
maison tourner autour de lui. Sa femme lui dit :
Eh bien, tu ne te mets pas au lit ?
J'attends qu'il passe, répond l'ivrogne.

Comme vous avez la peau blanche !
— Oui, mais c'est salissant.

L'eau rêve un peuplier.

La vigne aux bras de vieille.

Amis comme une paires d'ailes.

Après une rêverie sur le banc, s'endormir les
yeux pleins d'étoiles.
        Jules Renard, Les pensées, Le cherche midi éditeur 1990



En coup de vent

(...)
Je dis :
— Ce n'est pas le vent qui faisait tout ce vacarme ?
Il dit :
— Si ! Chaque fois qu'il y a un coup de vent, il y a un
élément de la maison qui s'en vas !
J'ai dit :
— Vous le remplacez ?
Il dit :
— Ça coûterait trop cher... Pensez ! Un pan de mur, à
l'heure actuelle, ça va chercher plusieurs milliers de francs.
J'ai dis :
— Légers ?
Il me dit :
— Non. Lourds ! Légers ?... Pensez... Avec le vent qu'il fait...
J'ai dit :
— Ça vous fait des chambres en moins ça !
Il me dit :
— Oui ! J'ai débuté ici avec cent chambres... Il m'en reste huit !
Je lui dis :
— Les clients ne doivent pas rester ?
Il me dit :
-—Non !... Un coup de vent et... pfuit... il y a un client qui s'en va !
Je perds en moyenne deux clients par nuit !
Je lui dis :
— Ils ne disent rien ?
Il me dit :
-—Non ! Ils sont soufflés ! (...) 
        Raymond Devos, Matière à rire, Plon, 1991



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