Monique Laforce


Horoscopes du périscope

(extraits)


29 novembre 1998


Vous inscrivez des animaux morts sur vos grottes de papier.
Je n'ai plus de
sang dans les veines. Je ne sais plus démêler l'enchevêtrement des bois et des branches. Quand je tomberai
de l'arbre, il sera midi.






19 mars 2000


Les vagues se sont levées à notre approche. La terre ne rejoint plus le ciel. Nous entrons incrédules dans la fin. Nous ne connaissons rien et  reconnaissons tout mais il n'y a plus personne à qui le dire.






13 août 2002


Je n'en finis plus de tomber. Encore et encore. Tu dis que je me relève chaque fois. Tu as reconnu ma bague dans les cendres. Intacte, tu te souviens. Un oiseau vert dans la marge et le coeur se balance comme un pendule. Tu te tiens à portée de la voix, de la main.






7 octobre 2002


Un arbre noyé ressurgit au premier plan. L'amour dérive des poissons de glace et des fragments d'icebergs en fuite. Toujours quelqu'un m'attend et me fait signe de l'autre côté du fleuve.
Toi ou un autre. Un rêve
immuable et tenace que l'usure n'arrive pas à effacer.






9 octobre 2002


Nous sommes simultanément arbre, fleur et neige. Les épis broyés dans la main, la moisson interrompue. Sur la page
ou la toile, attendent les poissons de la forêt et les exilés de
la mémoire. Cet étonnement quand le
temps nous fait si cruellement défaut au milieu du jour.






10 octobre 2002


Tout là-bas la guerre, nous tentons obstinément de rebrousser chemin pour entrer dans la forêt du conte. Nous retrouvons un poisson bleu dans un ciel de Chagall, les minarets de l'aube surplombant la rivière et des rameurs tranquilles protégés par un dragon chinois. Le jeu se poursuit sous les draps de l'enfance, bien après qu'on ait entendu sonner la cloche de l'école.






23 octobre 2002


Nous parcourons la distance légère de la clarté. Nous sommes l'envers et l'endroit d'un songe, la barque et son reflet. Avant d'aller dormir, nous amarrons le fleuve à une racine. Nous cherchons les vestiges sous les pierres, entre l'écorce et l'arbre, dans tous nos livres de contes.






26 octobre 2002


Que sais-tu de la nécessité? De l'urgence? Je cherche l'envol entre les murs poreux de l'éponge. Une vitre, peut-être bien. Transparente et infranchissable.

Une vitre, sans doute. Un miroir sans tain. Personne.






27 octobre 2002


Il suffirait d'un oiseau, d'une étoile. De bercer une larme de mer au creux de la paume. Il suffirait d'un geste vague de la main pour qu'une fleur emplisse toute la forêt, il n'y aurait qu'à suivre du regard la ténuité du rouge. Tout serait sauvé de la promesse et de l'élan.






14 novembre 2002


Nous nous mettons à couvert sous les arbres, le temps de nous habituer à la fatigue de vieillir. Des animaux mythiques envahissent l'espace. Licornes et dragons. Nous déterrons la mandragore et caressons la pierre de lune. Nous sommes de nos enfances comme d'un pays jamais déshabité.





13 mars 2003


Nous voudrions à la fois posséder la légèreté de l'oiseau et le poids du monde. Nous cédons malgré nous à la loi des nombres. Tout est trop grand pour nous. Le ciel n'arrive plus à nous recouvrir tous et chacun.






29 mars 2003


C'est ainsi que nous nous éloignons sans renoncer aux signes. Nous ramenons le passé vers l'avant de la scène pour éclairer l'avenir. Nous redisons la fable jusqu'à perte de la voix et de l'âme.






22mai 2003

Entre la fleur et l'oiseau, nous hésitons à poursuive. Nous reconnaissons le lieu mais ce n'est pas encore l'heure.
Nous nous asseyons à l'ombre d'un arbre pour peser nos mots
et nos âges.






2 juillet 2003

Nous ne savons que ployer dans les courbe. Nous émerveiller de la splendeur du mystère. Chacun de nos souffles crée une architecture éphémère. Dans les mots et les gestes, tu m'abandonnes. Je cherche ton visage dans ceux que je rencontre. Je n'oublie rien, tu oublies tout. Demain, nous renverserons les rôles.




Monique Laforce poursuit sa quête poétique depuis
plusieurs années déjà. Ses principaux titres : Une chaise
où s'asseoir
, 1998 ; Le spectateur du silence, 1999 ;
Des lilas à ciel ouvert, 2000 ; Le 7 août à titre provisoire,
2001 ; Dessine-moi une maison, 2003 ; Ni fille de ni
femme de
, 2005, sont tous aux Éditions Le loup de Gouttière. Sa plus récente publication, aux Éditions de l'Oésie, a pour titre : L'insolite lenteur de mourir, 2007.

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