INÉDITS



Il est là

Silence
Il est là
Entre les basses branches des sapins
À ouvrir et fermer
Des portes
En la nuit
Sans bruit



Bien que la rivière coule
Le plus petit bruit le rend fou
Le glissement feutré d’une araignée
Le chuintement d’une feuille qui tombe
Tout cela est trop



Il est là
Qui meurt et renaît
Rigole
Entre les glaces





À marée haute

À marée haute
Dans l’air salin de la Tamise
J’existe multiplement
Additionnant les rives, les visages
Et les départs
En des formules complexes


À marée grosse
Dans la tiédeur d’avril
S’écoulent les souvenirs affluents
Des éclats de rivière soleilleuses roulant sur les pierres
Jadis, jadis surprises au détour de boisés
Dans le sauf-conduit des jeunesses ardentes


Et la marée enfle sans relâche
Sans relâche m’irrigue
Vers les solitudes imprenables
Des deltas distants du bout du monde
Des pôles ultimes où j’irai m’étourdir
M’assoupir blanche naine blanche en fission


À marée haute
Dans l’air salin de la Tamise
J’observe ce canard
Noir
Qui pêche et rêve splendidement
Dans la chaleur d’avril








Nuits

I

Ô ton corps
Où l
on cuit le pain

Ces bouleversements
D’hémisphères

Orangeraies




II

Tout est en ordre
Ce ne sont que de petites bêtes
Qui grignotent le mur

Tout est intact
Sinon le murmure




III

Seul
J’ai vu ton cadavre

Seul
Je sais la fin

De l’histoire




IV

Étrange
Quelque chose est sorti
Du mur

Bien que plus petit
Il a la barbe des vieux monarques

Et je m’y glisse
Pluie du bruit
Aérien




V

Ce bruit
Depuis que sont revenus
Les mots

Oies blanches






Été

I

Quelquefois
Des voix

C’est le vent qui va au bois

Se rafraîchir




II

Une vielle dans les herbes jaunes

Dérobées

Dans le beurre frais des champs




III

Tu reviendras
Figue mûre

Oindre ta chair

Sous les fontaines




IV

Il y a encore de la lumière
Là-bas

Alors qu’ici déjà
Pour notre soif

Vrille la pluie










Palazzolo

Théâtre désert
Sous la brume
Toutes nos vies
S’y rejoignent
Et s’y lient




Au cimetière du Pont-Rouge

Comme la mort est étrange!
Comme ses longs doigts de velours
Enserrent avec soin
Comme sont chaudes ses lèvres
Et clair son regard

Comme est suave sa voix
Et paisibles ses mots
Avant l’étreinte

Comme la mort est étrange
Qu'elle est longue
L'ombre
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Tristan K.-Laflamme


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