Monique Laforce Horoscope du périscope (Extraits) 3 juillet 2003 Nous croirons chaque fois avoir tout perdu et réussi à presque tout sauver. Cela dépend du point de vue. De l'angle mort et de la distance. Nous revenons à la préhistoire. La nôtre et celle de l'humanité. Statuettes de la fécondité, croiront-ils dans une époque à venir. 4 juillet 2003 Un murmure grave et doux nous accompagnera. L'eau. Le vent. Les feuilles. Le chant dans les arbres. Je dirai que toutes les routes se ressemblent. Tu riras de la légèreté revenue et de l'ombre de tes pas qui se raccourcit et que je tente de recouvrir des miens pendant qu'il en est encore temps. 10 août 2003 Les lignes sont si fines, qui nous délimitent sans nous figer. La lumière tremble de la brièveté pourtant solide de notre contact. L'insolite bonheur d'une présence éphémère. 23 septembre 2003 Tu recouvres de couleurs subtiles la déclaration officielle des vendeurs et des marchands. Un fond de tableau comme un ciel rauque où se pose la main qui écrit, dans l'hésitation et le tremblement qui précède la parole. Les statues commencent à danser dans nos rêves. 10 novembre 2003 Ni toi ni moi n'avons plus de visage. Pour toi la mort et pour moi la vieillesse. Il ne sert à rien de savoir ce qui est le pire. La mort survenue ou les indescriptibles délais de la mort. Aucun de nous n'a survécu à l'amour. 30 avril 2004 Nous délimitons les frontières pour en créer un jeu de marelle sans ciel ni enfer. La terre seulement. Couleurs séchées et par endroits emprisonnées pour la beauté secrète des suites. 3 mai 2004 Les ombres longues atténuent la brûlure d'un soleil devenu fou. Nous savons parer à toute éventualité et il en sera ainsi à toutes les pages, jusqu'à la fin du livre. 16 août 2004 Après le coucher du soleil, nous vidons nos poches des cailloux du Petit Poucet et retournons à la mer. Les navires suivent la ligne d'horizon telle la main qui glisse, imperturbable, sur les vagues d'un cahier d'écolier 28 août 2004 Nous referons le parcours de la mort dans l'autre sens. De l'autre côté de la fenêtre, nous lirons à l'envers et la vie prendra une signification inattendue et heureuse. Nous renverserons les miroirs dans l'eau du fleuve jusqu'à réapparition des images perdues. 1er septembre 2004 Nous avons échappé au dragon lanceur de feu et naviguons en eaux calmes vers une destination inconnue. Le monstre doux nous épie de l'autre côté de la rive. Combien de temps reste-t-il avant d'atteindre le bord de la table, de la Terre, les limites du jeu ? 29 août 2005 Le coeur éperdu s'agite dans l'ouate. La parole nous est accordée enfin. Mais que ferons-nous de ce mouvement de désarroi entre l'ignorance et l'étonnement ? 30 août 2005 Nous nous confondons avec les arbres. Nous ne démêlons plus l'envers et l'endroit des choses. Nous ne réussirons jamais à nous perdre tout à fait. Nous sommes incapables d'indifférence. 27 septembre 2005 Nous ferons la fête et cela durera des jours et des nuits. Tu vieilliras si doucement dans le rêve de nos mains réunies. 20 avril 2007 Je n'abandonne rien ni personne malgré l'absence qui s'élargit. Des anges et des oiseaux d'une précision inquiétante s'ancrent dans une nuit tragique d'une absolue beauté. | ![]() |
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