JOURNAL
DE LECTURES
Du
5 septembre au 10 octobre 2001
Mercredi
5 septembre
Tous les prés se libèrent. Le brun mange le blanc.
Il bouge,
le printemps.
Tu
penses que tu n'existes pas et c'est en toi
qu'existe le monde.
Maurice Chappaz
Jeudi
6 septembre
Aucun
honneur ne m'aura été épargné !
François
Mauriac
Dimanche
9 septembre
En quoi donc te fies-tu pour t'être révolté contre
moi ? Ah
oui ! Tu te fies pour toi au soutien de ce roseau
cassé —
L'Égypte — qui pénètre et perce la paume de
quiconque
s'appuie sur lui.
2 Rois 18,20-21 Bible Osty
Et ta confiance, en qui l'as-tu placée aujour-
d'hui pour te
révolter contre moi ? Dans ce roseau brisé.
L'Égypte, qui
transperce la paume de qui s'appuie dessus ?
Rois II, 18,20-21 Bible B/M
Lundi
17 septembre
Ton
esprit s'est emmêlé à mon esprit,
comme l'ambre
s'allie au musc odorant. Que l'on Te touche, on
me touche ;
Toi, c'est moi, plus de séparation.
Oui,
va-t-en prévenir mes amis que je me suis embar-
qué pour la
haute mer, et que ma barque se brise !
Ah ! est-ce
moi, est-ce Toi ? Cela fera deux dieux. Loin
de moi, loin de
moi la pensée d'affirmer «deux».
Unifie-moi, ô Unique en Toi
Hallâdj, cit. D. Mortazavi
Mardi
18 septembre
Il
me dit
mon fils c'est toi
C'est
moi qui te fais naître aujourd'hui
Ps 1,7 Bible B/M
À travers la conscience menuisière, celle qui guide le geste ou
simplement observe, les sens de protection demeurent en éveil, encore
que l'odorat tout entier soit requis par la senteur, si proche, du bois
attaqué, de la sève, odeur différente suivant l'espèce, à quoi se mêle,
non moins forte, l'odeur de la sueur que l'effort fait sourdre du
corps.
Jean-Louis Trassard, Dormance
Vendredi
21 septembre
Il dit [Sadr] que l'être nécessaire « intellige » sa propre essence, et
son essence « intellige » toutes les choses. L'Existence au sens vrai
est l'être divin unique, et que tout ce qui est autre, si on le
considère en soi-même est périssant, hormis sa Face.
Coran
XXVIII, 88, cit. Djamchid Mortazavi
Vendredi
28 septembre
Québec, Sainte-Catherine, Kamouraska, Sainte-Luce, la Édouard,
Berthier, Saint-Jean-Port-Joli, Cap à l'Aigle, Percé, Port Daniel,
Pont-Rouge, Montréal. Mes noms de pays. Mes pays vivants. Mes lieux de
naissance et d'enfance. Mes adolescences. Mes arbres. Mes chambres. Mes
voyages...
Mais mon vrai torrent c'est les chutes Déry, à Pont-Rouge. Cette belle
vieille maison à l'écart du monde entier, vouée au fracas du torrent...
Anne
Hébert, Les étés de Kamouraska... et les hivers de Québec
«
Petite géographie littéraire », Le
Devoir, 28 octobre 1972
Mercredi
3 octobre 2001
Montre-moi
ta bonté Yhwh
je
suis comme fané
Guéris-moi Yhwh
mes os
tremblent
Ps 6,3, Bible B/M
ô
amour, fille, avec encore un peu de ta chaleur dorée
le vent
m'emporte dans les souffles de nulle part
Miron, cit. P. Vadeboncoeur
Jeudi
4 octobre
Quand
je voulais m'abreuver pour étancher
ma soif
c'est Toi
dont je voyais l'ombre dans la coupe
Hallâj, cit. R. Arnaldez
Dimanche
7 octobre
Comme
l'eau je suis répandu
et
tous mes os se disloquent,
mon coeur est comme la cire,
il
fond au milieu de mes entrailles.
Ps 22,15, Bible Osty
Je
suis de l'eau qui s'écoule
squelette éparpillé
Mon
coeur est en cire en fusion dans mon corps
Ps 22,15, Bible B/M
Lundi
8 octobre
Car vos flèches m'ont percé de toutes parts, &
votre
main m'a fait de profondes plaies.
Votre indignation m'a réduit à n'avoir plus aucune
partie
faine dans mon corps ; & mes péchés m'ont réduit
à
être agité & inquiété jufques dans mes os, & dans ce
qu'il
y a de plus intérieur en moi-même,
Mes iniquités m'ont fubmergé, & fe font élévées
jufques
par-deffus ma tête ; elles me font un fardeau fi
pesant, que
je n'en puis plus fupporter le faix.
Pf. 37, Missel ancien, vers 1740
En
moi tes flèches ont pénétré,
sur moi ta main s'est abattue ;
rien
d'intact en ma chair sous ta colère,
rien de sain dans mes os
après ma faute,
Mes offenses me dépassent la tête,
comme
un poids trop pesant pour moi
Ps 38,3-5, Bible de Jérusalem, 1955
Car
tes flèches ont pénétré en moi,
sur moi ta main s'est abattue.
Rien
d'intact en ma chair à cause de ton courroux,
rien de sein
dans mes os à cause de mon péché.
Car mes fautes ont dépassé
ma tête,
comme un fardeau trop lourd elles pèsent sur moi.
Ps 38, Bible Osty, 1973
Tes
flèches me transpercent
ta main se pose sur moi
Rien
ne sera préservé de ma chair
à cause de cette colère
Plus
de repos jusqu'à l'os à cause de mon égarement
mes fautes sont
plus grandes que moi
Elles pèsent trop
comme
une charge trop lourde
Ps 38,3-5, Bible Bayard/Médiaspaul, 2001
Mardi
9 octobre
De
moins en moins nous entendons chanter
les anges.
Le monde regorge d'exorcismes, un moteur les
rabaisse,
un jet leur déchire les ailes, notre hâte piteuse
a
brisé pour nous la longue vague, la nasse qui sert à les prendre.
Maria Luisa Spaziani, Lingua, B. Simeone
Mais
après, sur les cimes de l'air, l'âme
verra les Anges.
Giuseppe Conte, Lingua
Le soleil de Celui que j'aime s'est levé de nuit tout
resplendissant,
et il n'aura pas de couchant. Oui, le soleil
du jour se lève
dans la nuit, et le soleil des coeurs ne saurait
se coucher.
Hallâj, cit. R. Arnaldez
Mercredi
10 octobre
Nul d'entre les Anges et les Rapprochés ne sait
pourquoi Dieu
a fait la création, ni comment elle a com-
mencé et finira,
puisque les langues n'avaient pas encore
parlé, ni les yeux
vu, ni les oreilles ouï
Hallâj, cit. R. Arnaldez
Aden est un roc affreux, sans un seul brin d'herbe ni une goutte d'eau
bonne ; Aden... est, tout le monde le reconnaît, le lieu le plus
ennuyeux du monde, après toutefois celui que vous habitez.
Rimbaud, cit. A. Buisine, Arthur
Rimbaud ou le voyage poétique
dir. J.-L. Steinmetz
Ils
se tiennent au large
de la mer, les fleuves
mais sous
le vertige dévient
et dévalent...
Rejetés sur la rive
il s'épuisent
dans le ressac, rêvant
l'impossible
remonte.
L'anguille, qui lie le fleuve
à la mer en un
mystère noueux,
se fait poisson d'eau douce,
entraîne
encore, vers le haut,
sa mémoire transparente.
Nico Orengo, « Marines »,
Lingua