Jeudi
11 octobre
En l'an six cents
de la vie de
Noé, le deuxième mois,
le
dix-septième jour du
mois, en ce jour-là, jaillirent
toutes
les sources de l'Abîme
et les fenêtres du
ciel
s'ouvrirent. Et ce fut la
pluie sur la terre pendant
quarante jours et quarante nuits.
Gn,
7,11-12.
Bible Osty
L'année des six
cents ans de
Noé
au
dix-septième jour du
deuxième mois
les fonds infinis se fendent
crèvent tous leurs flots
et s'ouvre la trappe du ciel
Une
lourde pluie s'abat sur la
terre
quarante jours et quarante nuits
Gn, 7,
11-12,
Bible B/M
ô Europe
j'ai
traîné partout
mon
aventure obstinée avec
la quête
qui me
poursuit de l'instant
parfait
depuis
qu'adolescent je te
guidais,
Laure aux
beau cheveux, en bas
vers les Selve
et que
nous descendions au milieu
des clairières
où le
pinson dans les
chênes s'égosille
Umberto
Piersanti,
Lingua,
B. Simeone
Vendredi 12 octobre
Vers toi Yhwh je crie
Adonai je te demande grâce
Mon sang
à quoi
lui sert de mourir ?
Une
poussière ne te
chantera pas
elle ne
racontera pas ta
fidélité
Ps
30,9-10,
Bible B/M
Mardi 16 octobre
Le postmodernisme, on peut le caractériser
ainsi : il n'est la marche de rien. Il n'y a plus de marche.
C'est la formule du dernier nihilisme.
Le
dernier nihilisme ne s'embarrasse plus d'abolir les choses. Il les lance
tout simplement
dans l'insignifiance.
De même,
l'action sur soi
n'existe plus, est disparue ; qui parle encore d'agir
sur soi? On
sait combien la conscience réflexive et la pratique qui s'en
suivait ont jadis occupé une place centrale dans les
mentalités. Or, c'est contre l'une et l'autre que les postmodernes se
sont
organisés. L'homme de ce point de vue, a cessé de se considérer comme
éducable et ne s'est plus soucié de s'entreprendre. Il n'y
a plus rien de
plus éloigné des moeurs actuelles qu'un tel retour sur
soi. La perspective de s'approcher en
soi-même d'une sorte d'infini ne s'imagine plus guère, non
plus que d'y voir le lieu
où la vie se concentre éminemment.
Pierre
Vadeboncoeur,
L'humanité
improvisée
Vendredi 19 octobre
Et il se penche vers moi
il écoute mon cri
Il me
remonte de la tombe hurlante
de la boue du bourbier
Il m'installe sur le roc
il assure mes pas
Ps 40,2-3,
Bible B/M
L'atlas
s'irise comme l'arc-en-ciel des "Voyelles". Quand on touche le port,
celui-ci regroupe en lui tous les mondes possibles.
Sur le promontoire tremblent les reflets de l'univers : la géographie
fournit comme des
mots de passe, il n'existe plus un bon lieu, mais tous les lieux
forment un festival de forces et
de luxe : Épire, Péloponèse, grande île du Japon, Arabie,
Carthage, Venise, Etna, Allemagne. Italie, Amérique, Asie.
Jamais on n'avait à ce point disposé
du monde, comme dans une vue presque divine tendant des filins d'or de
fuseau horaire à fuseau horaire
Jean-Luc Steinmetz,
Arthur Rimbaud ou le voyage
poétique
Jeudi 25 octobre
Debout ma gloire
debout nével et kinnor
Je vais réveiller l'aurore
Ps 57,9,
Bible B/M
Jeudi 1er
novembre 2001
Je pense aux jours d'avant
oh les années d'avant
Je me
souviens de ma musique la
nuit
Je médite avec mon coeur
et mon souffle cherche
Ps
77,6-7,
Bible B/M
Vendredi 2 novembre
Il
S'évertuait à
retenir sa colère
à ne pas
réveiller
sa fureur
Ils
n'étaient que de la
chair
il s'en est souvenu
Un
souffle qui passe et ne
revient pas
Ps,
38-39,
Bible B/M
Mardi 14 novembre
"On dirais que
le temps a changé." Ces mots me remplissent de joie, comme
si la vie profonde, le surgissement de combinaisons différentes
qu'ils impliquaient dans la nature, devait annoncer d'autres
changements, ceux-là se produisant dans ma vie, et y
créer des possibilités nouvelles. Rien qu'en ouvrant la
porte sur le parc, avant de partir, on sentait qu'un autre "temps"
occupait depuis un instant la scène ; des souffles frais,
volupté estivale, s'élevaient dans la sapinière
(où Mme de Cambremer rêvait de Chopin) et presque
imperceptiblement, en méandres caressants, en remous capricieux,
commençaient leurs légers nocturnes.
Marcel
Proust, Sodome et
Gomorrhe
Lundi 19 novembre
Yhwh dit au négateur : "D'où viens-tu
donc ?" Le négateur
dit à
Yhwh : "Je courais
le monde. Je vaguais."
Job, 1,8,
Bible B/M
Mercredi 21 novembre
— mais
l'un périt en
pleine forme
encore tout confiant
tout
content
son
ventre est encore plein de
crème
ses os
sont encore pleins de
moelle
et tel
autre meurt l'âme
amère
n'ayant
jamais dîné
heureux
— ils ne
font qu'un dans la
poussière
couverts
de la même vermine.
Job,
21,23-25,
Bible B/M
Mardi 27 novembre
Mon amour est descendu
dans son jardin
Aux carrés d'arômes
Faire son pré
dans les jardins
Pour cueillir des lys
Moi à mon amour
et mon amour à moi
Celui qui
emmène au
pré entre les lys
Cantique,
6,2-3,
Bible B/M
Mardi 4 décembre 2001
...il lui
semblait qu'il larguait ses attaches ; il entrait dans un monde
racheté, lavé de l'homme, collé à son ciel
d'étoiles de ce même soulèvement pâmé
qu'ont les océans vides.
Julien
Gracq
Mardi 11 décembre
Avant que je
n'atteigne les pins, voici la nuit et déjà la froide lune
m'éclaire. Ceci me semble être une différence, que
le soleil nous regarde et que nous regardons la lune ; son visage est
tourné vers ailleurs et, comme un feu qui illumine le fond de la
mer, par elle les ténèbres deviennent, seulement, visibles.
Ces
après-midis de décembre sont douces. Rien encore n'y
parle du tourmentant avenir. Et le passé n'est pas si peu mort
qu'il souffre que rien lui survive.
Paul Claudel,
Connaissance de l'Est