
JOURNAL DE LECTURES
Du 3 août 2002
au 2 février 2003
Samedi 3 août
2002
Tes paroles je
les ai trouvées et je les ai mangées
Et tes paroles
je les ai faites ma joie et la joie de mon coeur
Jr,
15,16, Bible B/M
Rendez gloire
à Yhwh notre Dieu,
Avant qu'il ne
rende tout noir,
Avant que vos
pieds ne s'emmêlent
Dans les monts
du crépuscule.
Je, 13,16, Bible B/M
Dimanche 6 octobre 2002
[La Grande
Ourse]
À la
fenêtre je guette son passage
entre le vert
et le bleu des arbres là-bas
mais la
montagne est plombée
ce soir le
vent retourne au vent
sans
m'apporter la fraîcheur des noisetiers
ni cette
haleine de fruits sauvages
qui m'a
engendré
Rachel Leclerc
Oui, vivre est presque
aussi doux que dormir
O. V. de L. Milosz
Lundi 14 octobre
Les corps des
noyés dans la mer méditent sur le ventre,
mais de leurs
yeux vides ne voient pas le fond.
José
Angel Valente
Mardi 15 octobre
Il me semble, en un mot,
être arrivé enfin chez-moi.
Jean-Pierre Guay, Le
coeur
tremblant
Les
hommes au
[téléphone mobile]... n'entrent pas dans le
monde, car,
où qu'ils aillent, ils ne sont jamais vraiment en dehors de
chez
eux. Leur minuscule machine les affranchit de tout ce qui est
extérieur et leur remet sans cesse à l'esprit,
à
la bouche, à l'oreille les intérêts
immédiats qui accaparent la vie.
Alain
Finkielkraut, L'imparfait
du présent
Mercredi 23 octobre
Vis pour
autrui si tu veux vivre pour toi
Sénèque, cit. P. Hadot
Mercredi 30 octobre
Puisque tes
jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de
cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne
tende la couche
Où ton
coeur dorme, enfin glacé,
Retourne comme
au temps passé,
Cueillir près
de la dune instable,
Le lys qu'y
courbe un souffle amer,
— Et
grave ces mots sur le sable :
Le rêve
de l'homme est semblable
Aux illusions
de la mer.
Paul-Jean
Toulet
Mardi 12 novembre 2002
La
pratique du bleu
Louise Warren
il fait
si nuit
Fernand Ouellette
Mardi 19 novembre
Novembre
s'anime nu comme un bruit
de
neige et les choses ne disent rien
elles frottent
leurs paumes adoucies
d'usure
Jacques
Brault, Moments fragiles
Mercredi 4 décembre 2002
J'écoute la pluie
s'endormir dans la neige
et les herbes
se tapir chez les morts
j'écoute aussi le temps qui me dure
*
Il pleuvait il
neigeait comme aujourd'hui
que
faisais-je enfant
immobile au bord
de la rue
je voyageais
Jacques Brault
Jeudi 5 décembre
Neige d'un
soir épands- toi partout
brouille l'air
alentour
que cette
vieille angoisse qui me vient
ne trouve pas
son chemin
*
Je gravis
une
colline
et je m'assois
solitaire
sous un ciel
vide
à mes
pieds s'endort
comme un chien
ma tristesse
*
Les
champs
bleuis jusqu'au soleil
de froid
s'expirent
Jacques Brault
Vendredi 6 décembre
C'était
l'heure de parler la mélancolie. En ce temps-là,
j'errais
autour, qu'ils disaient, d'un impossible.
*
Elle allait
bravement porter son vieux
chat à l'endormitoir
*
Sirop de
groseille et solitude
donnent le
tournis d'enfance
aux chemineaux
de l'angoisse
on se griffe
scarabée crochu
on râle
ému et crapaud
on s'essouffle
oiseau de flamme
Jacques Brault
Mardi 31
décembre
La
poésie a commencé quand tu as cessé
d'être
une bonne écolière.
Quand tu
as pu dire Je vois les choses autrement. Quand tu as pu dire
je.
Louise
Dupré,
Liberté 258
Mercredi 8 janvier 2003
L'art est la recherche de
la clef perdue
de l'amour.
Yves Bonnefoy, Remarques sur le regard
Lundi 13 janvier
Pourtant nous sont donnés la beauté
vêtue de clair langage,
le partage du ciel et de la terre, le
visage dont
chacun
porte un
nom.
*
Vous écrire en cette fin de janvier est
travail d'hiver. Le
froid creuse l'âme. La terre gèle les
mains qui tiennent les
mots.
Sylvie Fabre G., Liberté 258
Lundi 20 janvier
Le
brasseur
et sa manière de connaître
sa manière d'aimer
le
grain, l'eau, le cuivre, le bois
et le lent ferment des ans.
David Solway, Liberté 258
Mercredi 22 janvier
Si toutefois il leur fâche [les femmes] de nous céder en
quoi que ce
soit, et veulent par curiosité avoir part aux livres, la poésie est un
amu-
sement propre à leur besoin ; c'est un art folâtre et subtil, déguisé,
parlier,
tout en plaisir, tout en montre comme elles. [eh ! bein]
Montaigne
Samedi 25 janvier
Gonfle-toi vers la nuit Ô
Mer Les yeux des squales
Jusqu'à l'aube ont guetté de loin avidement
Des cadavres de jours rongés par les étoiles
Parmi le bruit des flots et les derniers serments
Apollinaire
Mercredi 29 janvier
Louis-Philippe Hébert est
le premier à observer qu'il y a l'idée d'une
prison dans l'expression "téléphone cellulaire".
Caroline Montpetit, Le Devoir, 17-18
nov. 2001
Dimanche 2 février 2003
tous les chemins du monde
nous mangent dans la main !
Saint-John Perse
Langue de feu sur le nombre pur
Langue de feu sur le bois de grange
Mais langues dans le vert violet le gris jaune et le
blanc
tout rouge
Pierre
Jean Jouve
Dans la robe du soir dont se pare la terre
Au moment où tu sors
Pierre
Reverdy
Pas une aile prudente ou hardie dans le vent
Pas un bras de chair fine pas un bras chantant
Paul
Éluard