JOURNAL DE LECTURES


Du 1er au 30 avril 2001



Dimanche 1er avril

         ...le paradis est insupportable, telle est la découverte qui change le signe de l'image ordinaire, laquelle est une image statique, génératrice de révérence et d'ennui ; le Paradis de Dante est le contraire de la staticité ; s'il est insupportable, c'est par tension excessive, excès d'émotion, d'énergie, de perception.
        Jacqueline Risset, Dante,
Le Paradis





Lundi 2 avril

Tout travail comporte quelque chose qui ne peut se payer et donne une satisfaction qui se suffit à elle-même.
        Ernst Jünger, Journal IV



Car la vie est un songe un peu moins inconstant.
        Pascal


Ma joie me tient caché à toi,
elle rayonne alentour et me dérobe,
comme un animal vêtu de sa soie.
        Dante, Le Paradis VIII



[Les autodidactes] Ce sont des gens pour qui j'ai beaucoup d'estime, mais chez qui l'on sent très bien ce qui leur a manqué : l'éducation première, le rudiment. Encore une fois, la culture n'est pas une chose qui se fait au hasard des lectures ; c'est très difficile à acquérir. Ça demande de très longues années d'application, de réflexion et une préparation sérieuse... Les professeurs, ceux qui sont dignes de ce nom, sont irremplaçables.
        Julien Green



Le flux du temps dans sa texture, sa fluidité, son identité indifférenciée nous paraît immobile. C'est nous qui sommes emportés, l'eau du temps, autour de nous, est toujours identique à elle-même. D'où cette impression d'immobilité
        Claude Mauriac, Mauriac et fils



Et je me disais, et c'étaient les mêmes mots engloutis, intérieurs, que dans mon enfance, mon adolescence : « Moi ! Moi ! Moi ? Moi... », ne pouvant admettre que j'existais, ne pouvant pourtant, dans le même moment, en douter, existence et néant affrontés, le sentiment d'une étrangeté, d'une absence essentielle l'emportant pendant les quelques éternelles secondes que dure cette expérience de l'improbable moi...
        Claude Mauriac, L'oncle Marcel





Mardi 3 avril

        ...tout ce qu'on a dire les corneilles, qui, chaque matin, jappent, clabotent,aboient, dégoisent, braillent, craillent et croassent, et que, chaque matin, le poète prend en notes, et translate.
        Roger Parisot,
Ce que Marteau écrit,
N R F, 452



        Nous pouvons dire de la musique qu'elle est l'organisation du temps, c'est-à-dire le temps rendu organique... 
       L'attribution de la beauté à la vérité et au sens est soit une fioriture rhétorique, soit un acte théologique... Le sens du sens est un postulat transcendant.
        George Steiner,
Réelles présences



        Au bilan : lorsqu'on sait ce qu'est un pli, que toute la méditation tourne autour de cette forme, de la duplication à la complexité, de la multiplication à l'enveloppement... qu'on sait décrire finement les états du plein, voir dessiner ou modeler ses phénomènes, lorsqu'on sait rêver en rigueur sur les alvéoles d'une ruche d'abeilles... on n'est pas fort éloigné d'une morphologie. Voici qu'apparaît un Leibniz rafraîchi, d'une mathématique neuve,
        Michel Serres,
La Traduction, Hermès III





Mercredi 4 avril

   Si la cire était ductile à point,
et si le ciel était dans sa vertu suprême,
la lumière du sceau apparaîtrait toute ;
        mais la nature la donne toujours incomplète,
oeuvrant pareillement à l'artiste,
qui a l'usage de l'art et la main qui tremble.
        Dante,
Le Paradis, XIII



        Insensiblement l'image de l'arbre nous fait passer de la rêverie cyclique à la rêverie progressiste.
        Le symbolisme de l'arbre ramasse donc en croissant tous les symboles de la totalisation cosmique. 
       Donc l'archétype temporel de l'arbre, tout en conservant les attributs de la cyclicité végétale et de la rythmologie lunaire et technique aussi bien que les infrastructures sexuelles de cette dernière, voit l'emporter le symbolisme du progrès dans le temps grâce aux images téléologiques de la fleur, de la cime, de ce Fils par excellence qu'est le feu. Tout arbre et tout bois, autant qu'il sert à confectionner une roue ou une croix, sert en dernière analyse à produire le feu irréversible.
        Gilbert Durand,
Les structures anthropologiques de l'imaginaire





Jeudi 5 avril
        Le sommeil, qui travaille tout seul, travaille sur une matière préalable ; il ne crée rien ; habile à combiner et à simplifier, à faire aboutir, il n'a le pouvoir d'opérer que sur les données de l'expérience et le labeur du jour. Il faut donc lui préparer sa besogne.
        A.-D. Sertillanges, La vie intellectuelle



        Si j'étais jardinier, le mur m'intéresserait plus que le jardin ou plutôt le jardin n'aurait d'être que par le mur.
        Le rempart enserre la cité, lui assure une qualité exceptionnelle, mais aussi bien il illumine l'horizon, tandis que le mur met un garrot à l'hémorragie spatiale, et contrecarre la dilatation du regard.
        En fin de compte je ne pourrais respirer librement que le soir, dans cette tiédeur du jardin qui ressemblerait à la moiteur d'un être qui enfin consent, moi-même ne m'agitant plus, cédant à l'illusion que le jardin vit de lui-même, qu'aucune main, fût-ce la mienne, ne portera atteinte à son intégrité
        Pierre Sansot



        [L'arbre] Au demeurant, ramage signifie à la fois chant et entrelacs de rameaux
        Ainsi chaque arbre rassemble les images des trois grandes familles humaines :les métaphysiciens (privilégient les racines), les hommes d'action (le tronc) et les poètes (branches et feuilles, « le poumon de l'arbre »). Et il nous apprend en même temps qu'ils sont solidaires, car il ne peut y avoir de frondaison sans tronc, ni de tronc sans racine
        M. Tournier, J.-M. Toubrau,
Le vagabond immobile





Vendredi 6 avril

        Je fus un jour frappé par cette définition du méchant : il est non pas celui qui fait le mal, mais qui aime le mal. Tout le monde fait le mal mais certains l'aiment.
        André Green,
La folie privée



        Comme la cigogne au-dessus du nid,
après avoir nourri ses petits, fait ses tours,
et le petit, repu, la regarde :
        ainsi devint, ainsi je regardai
l'image bénie, qui remuait ses ailes,
        Dante,
Le Paradis XIX



        [Le pin] agriffé de toutes ses racines au sol pierreux, l'arbre invincible se tord, se retourne sur lui-même, et comme un homme arc-bouté sur le système contrarié de sa quadruple articulation, il fait tête
        Claudel, cit. J.-C. Masson



Frisonne l'arbre embrasé
Déjà tout entouré de nuit
C'est à toi que je parle en parlant avec lui.
Je plie la feuille. Chuchotements :
on m'épie entre le feuillage
des lettres.
Le désir est seigneur de spectres,
le désir nous change en spectres :
Nous sommes plantes grimpantes de l'air
sur les arbres de vent,
manteau de flammes inventé
et dévoré par la flamme.
        Octavio Paz, cit. J.-C. Masson





Samedi 7 avril

        Comme alouette qui s'élance dans l'air
chantant d'abord, et puis se tait, contente
de la dernière douceur qui la comble,
        telle me sembla l'image de l'empreinte
du plaisir éternel, au désir de qui
toute chose devient ce qu'elle est.
        Dante.
Le Paradis XX



        La demeure surmontant l'insécurité de la vie, est un perpétuel ajournement de l'échéance où la vie risque de sombrer. La conscience de la mort est la conscience de l'ajournement perpétuel de la mort, dans l'ignorance essentielle de sa date... La jouissance comme corps qui travaille, se tient dans cet ajournement premier, celui qui ouvre la dimension même du corps.
        Avoir conscience, c'est précisément avoir du temps. 
      Être séparé, c'est demeurer quelque part. La séparation se produit positivement dans la localisation. Le corps n'arrive pas comme un accident à l'âme...
        Apparaissant à la représentation comme une chose parmi les choses, le corps est en fait la façon dont un être, ni spatial, ni étranger à l'étendue géométrique ou physique, existe séparément... Il est le régime de la séparation.
        Emmanuel Lévinas,
Totalité et infini



        ...le temps qu'il fait sur les bords du lac de Genève (les détails quotidiens, ce qu'on a supprimé du Journal) c'est pourtant ce temps qui n'aurait pas vieilli, non la philosophie d'Amiel.
        Roland Bartes,
Le plaisir du texte





Dimanche 8 avril
        ...ce sont les incidents pulsionnels, c'est le langage tapissé de peau, un texte où l'on peut entendre le grain du gosier, la patine des consonnes, la volupté des voyelles, toute une stéréophonie de la chair profonde : l'articulation du corps, de la langue, non celle du sens du langage
        Roland Bartes





Lundi 9 avril

         La force de la technologie pouvait être libératrice — par l'instrumentalisation des choses —, elle est devenue une entrave à la libération — par l'instrumentalisation des hommes.
     Hubert Marcuse,
L'homme unidimentionnel



        « Ne rien faire de ses dix doigts » n'est pas très inquiétant à l'échelle de l'espèce car il s'écoulera bien des millénaires avant que régresse un si vieux dispositif neuromoteur, mais sur le plan individuel il en est tout autrement ; ne pas avoir à penser avec ses dix doigts équivaut à manquer d'une partie de sa pensée normalement, philogénétiquement humaine. Il existe donc à l'échelle des individus sinon à celle de l'espèce, dès à présent, un problème de la régression de la main. [Les analphabètes de la main, dixit F. J.].
        André Leroi-Gourhan,
Le geste et la parole II





Mardi 10 avril

La tourterelle est seule assidue aux offices :
Sa plainte est un répons ; c'est une antienne, une hymne
        Robert Marteau, Registre



        et je vis une lumière en forme de fleuve
fulgurant de splendeur, entre deux rives
peintes d'un merveilleux printemps.
        Dante,
Le Paradis XXX



         Tel est celui qui voit en rêvant, et, le rêve fini, la passion imprimée reste, et il n'a plus souvenir d'autre chose, tel je suis à présent, car presque toute cesse ma vision, et dans mon coeur coule encore la douceur qui naquit d'elle.
        Ainsi la neige se descelle au soleil ; ainsi au vent dans les feuilles légères se perdait la sentence de Sibylle.
        
Cosi la neve al sol si disigilla ;
        cosi al vento ne le foglie levi

            Dante, Le Paradis XXXIII



        Mais alors, avec Wallaschek critiquant la théorie de Darwin sur l'origine du chant, il nous faut dire que si le rossignol fait de la musique parce que de son gosier sortent des sons mélodieux, le coq fait de la peinture parce qu'il sort des plumes de couleur de son croupion.
        André Spire





Mercredi 11 avril
        [Euphémismes] Les mots eux-mêmes sont pris d'une maladie honteuse. Un chat n'est plus un chat : c'est un félin associé. Le langage est sans défense. Nous cultivons le coma dépassé. Nous adorons les greffes artificielles. Nous délirons sur les prothèses. Partout l'acharnement de la vie correspond aux décharnement des figures originelles de la vie, à la désincarnation des corps, à la réincarnation thérapeutique d'un univers mort, d'un temps révolu.
        Jean Baudrillard, Cool Memories





Jeudi 12 avril
        Tout ce qui est musical est affaire de réminiscence. Du temps où nous n'avions pas de nom, nous avons dû tout entendre. 

       La philosophie est sans réponse. Face à elle la sainteté est une science exacte...Les philosophes ont le sang froid. Il n'y a de chaud qu'au voisinage de Dieu. Notre nature, par tout ce qu'elle porte en elle de sibérien, exige les saints.
        E. M. Cioran,
Des larmes et des saints



        Interdiction de vous débrancher, — le crime n'est pas dans l'attentat à votre propre vie — (...) mais dans l'attentat à la médecine, aux technologies de pointe, qui doivent d'abord assurer leur propre salut. Le principe du réseau comporte l'obligation morale absolue de rester branché.
        Jean Baudrillard



     Comment me tenir dans la langue comme au bord de cette lumière, de ce sous-bois — un peu en retrait des siècles et de moi-même, dans la syntaxe du monde ?
        Seules la vie et la lange nous sont donnés ; le monde respire ou s'enténèbre dans la langue ; et je ne suis pas vraiment au monde comme je suis à la langue.
        Nous cherchons obstinément une langue où mourir— quelques mots, pages, écrits qui nous séparent encore de notre mort.
        Richard Millet,
Le sentiment de la langue



[Papier] Qui n'a jamais caressé un Reeves, un Japon, un Hollande ou un Auvergne à la cuve ignore le fin du fin de la volupté. Quelle musique, quand on évoque à mi-voix la peau du papier : vergeure, écharde, filigrane, pontuseau. Nulle règle en cette luxure savante. 
       N'y comprendront jamais rien les brureauticocrates qui pitonnent dans les règles sur des ordinateurs réglementaires. Ils s'usent les doigts, les pauvres, en tâtant du plastique. Mais le soyeux, le laineux, le pelucheux, le satiné, le velouté des épiderrmes du papier, comment les reconnaîtraient-ils par un simple tact du pouce et de l'index ? C'est pourtant là une façon de toucher infiniment plus et mieux que son salaire.
        Jacques Brault, Ô saisons, ô châteaux



Dans la forêt des sens
Plus obscure que l'autre
Dans sa bruyante et clandestine
Multitude sauvage
À travers les images
Qui prennent l'air du rien
Quand il vente très haut
Dans le ciel du grand vide
        Georges Perros, cit. J.-M. Gibbal





Vendredi saint 13 avril

        Le pas décisif a été franchi, me semble-t-il, lorsqu'une série d'à-coups frappants m'ont révélé qu'une langue tient en elle-même toutes ses références — que chacune constitue un jeu autonome de relations qui ne se relient qu'entre elles. Ce moment, qui a dégagé l'une de l'autre mes deux langues, me rendant effectivement bilingue, fut l'un des plus éblouissant pour la pensée : je m'en souviendrai toute ma vie.
     Vaclav Jamek,
Traité des courtes merveilles



        C'est pourquoi il n'est pas d'art qui célèbre la main plus noblement que la danse... La démonstration inverse s'administre par la rupture de la solidarité de la main et du corps. C'est l'image de la main coupée, vision d'horreur, et pire encore : la main coupée demeurée vivante, et qui court sur ses doigts. On a reconnu l'araignée dont la malédiction est d'être assimilée à une petite main sèche, amputée, mais douée d'une vélocité de cauchemar.
        Michel Tournier





Mercredi 18 avril

Nos rivières ont pris feu !
Un oiseau parfois lisse la lumière
Ici il fait tard.
        Lorand Gaspar, Le quatrième état de la matière





Jeudi 19 avril

Chaque brin d'herbe veut un nom à offrir au moment de ses noces. Le silence qu'on lui prête un instant livrerait son secret si nous n'avions pas rompu le sceau pour une science décisive qui fait de nous les proscrits d'une terre que nous n'aurons jamais connue. Il n'est que de rire devant les chevaux de frise, de ce rire effrayé qu'ont les chevaux quand ils voient dans leurs yeux s'enfler les ombres.
        Robert Marteau





Vendredi 20 avril

Qui nous pense ne peut par nous être pensé :
Telle est l'étrangeté où nous sommes tenus.


        La prière n'a pas de but : elle est le seul acte pur auquel il nous est enjoint de nous hausser. Sans obéir à rien, n'obéir au seul ordre qui nous est inconnu.
        Robert Marteau





Lundi 23 avril

        ...je vis avec étonnement s'insérer dans les yeux de la Princesse ce trait différent et momentané qui trace dans les prunelles comme le sillon d'une fêlure et qui provient d'une pensée que nos paroles, à leur insu, ont agitée en l'être à qui nous parlons, pensée secrète qui ne se traduira pas par des mots, mais qui montera, des profondeurs remuées par nous, à la surface un instant altérée du regard.
        Marcel Proust





Mardi 24 avril

Ainsi sommes-nous traversés dans notre corps
Dans nos silences et nos paroles.
Ainsi
Le tumulte des pierres nous traverse-t-il,
Comme nous traversent aussi des forêts d'algues et d'os,
Et d'autres encore toutes couvertes de mousse et d'oiseaux.
Ainsi
Les paroles errantes nous traversent-elles de part en part.
Avec les chevaux et les fontaines d'ombres.
        Yves Namur, Le Livre des apparences





        La vie donne d'une façon qui lui est propre, et de façon tout à fait particulière, bien que ce mode de donation singulier soit l'universel. La vie donne de telle façon que ce qu'elle donne, elle le donne à elle-même... La vie est l'auto-donation en un sens radical et rigoureux, en ce sens que c'est elle qui donne et elle qui est donnée... Aucun chemin ne conduit à la  vie sinon la vie elle-même.
        Michel Henry,
Phénoménologie matérielle



        Le bol, et ces mêmes bouches disparues, en lui, toujours qui boivent.
        Jacques Borel



        Avant, je rêvais de partir pour partir et revenais toujours. Je pars sans bouger à présent, et il n'y a pas de retour. On ne part pas, écrivait Rimbaud, ce qui pourrait s'entendre aussi par : on ne cesse de partir, et les vrais voyages ne sont pas ceux qu'on croit.
        Guy Goffette





Mercredi 25 avril

        Grand-père s'adossait au hangar sans mot dire, à sa place habituelle, bien en face de la rivière, bourrait sa pipe et redevenait mon sachem d'élection. Souvent je m'endormais contre son épaule et remontais à la source des couleurs, des odeurs et des sons : l'allumette qui craque, le feu qui frise et grésille près de l'oreille et puis ce goût d'encens soudain dans l'air qui fraîchit. L'Amérique n'était pas loin
        Guy Goffette





Vendredi 27 avril

        Non, le pire est cette impression de n'avoir jamais commencé, d'être là depuis toujours à attendre que ça veuille bien se mettre en branle. Quoi ? Je n'en sais rien. La vie promise, peut-être, celle qu'on a entrevue dans l'enfance, au temps où l'on était l'arbre qui grimpe dans la lumière, le loriot qui brûle au fond des seringas, l'eau dans le miroir aux alouettes qui s'en va endormir les sirènes ; au temps où le temps n'était pas, sinon ce peu de sable au bout du jour qui nous montait aux yeux avec la marée haute de la nuit.
        Guy Goffette,
Partance et autres lieux





Samedi 28 avril

1114 : il devient élève d'Anselme de Laon (il le traite de « géronte autocrate »).
          il est le précepteur d'Héloïse et il en tombe amoureux. Abélard et Héloïse
        se marie secrètement.
1116 ou début de 1117 : naissance de leur fils Astralabe.
1118 : Héloïse se réfugie à Argenteuil. Abélard va l'y retrouver et, la même
        année. Il est castré par des sbires payés par Fulbert, oncle d'Héloïse.
        Abélard et Héloïse entrent tous deux en religion.
        Pierre Boudot



        Ce moment où, amorcé le second versant de la vie, à demi dévalé déjà, c'est vers son premier versant que l'on tend, invinciblement, à se tourner, et il y a cette lumière dans les fonds, qui jamais si haut et si pur n'avait brillé.
        Jacques Borel





Dimanche 29 avril
        Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées.
        Rimbaud, Vies I, cit. P. Brunel



        Le scandale intolérable, c'est le contraste entre la banalité administrative du fait divers, et le drame brutal, inconcevable, que serait l'annihilation de quelqu'un si l'on entreprenait d'en réaliser l'impénétrable mystère... Ce mystère de « nihilisarion » est celui de l'effectivité pure, aveugle, opaque à laquelle toute mort se ramène, et qui se prête seulement au constat pur et simple... Or devant cette évidence absurde et presque ridicule à force de banalité, que peut-on faire sinon répéter ces mots impossibles à réaliser : il n'est plus ? Car il n'y a rien à penser dans la mort. La mort, en dépit du préjugé contraire, n'offre aucune prise à la méditation.
        Jankélévitch et Berlowitz,
Quelque part dans l'inachevé





Lundi 30 avril

        Repartie, reviendra-t-elle jamais, et ce lointain printemps avec elle, cette hirondelle dont la flèche aiguë n'en finit plus pourtant sous mes yeux de rayer le ciel comme si, à son envol instantané survivant, elle avait, sur la page orageuse ou vierge de l'espace, inscrit, plus indélébilement qu'aucune rature d'encre, sa fuite même ?
        Jacques Borel

 

 



 

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